Maîtres du privé moins bien payés que les professeurs du public

jeudi 5 janvier 2017
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Dans le dernier numéro d’Education & formations (n°92, déc. 2016) la Depp affirme, chiffres et tableaux en mains que les Maîtres du privé sont moins bien payés que les professeurs fonctionnaires du public.
On ne découvre rien… mais voir le MEN baisser la culotte officiellement est une nouveauté !

Un écart de 14%

Les enseignants du privé sont moins bien payés que ceux du public : l’écart en salaire net est en moyenne de 14% : 2415 € net en moyenne pour les enseignants du public contre 2074€ pour ceux du privé selon la Depp.

L’essentiel de la différence tient au régime social

différent des enseignants du public et du privé. Les professeurs du public bénéficient d’une pension de l’Etat et leurs prélèvements sont plus faibles que ceux du privé qui, bien qu’agents publics, sont au régime général.

Mais cela n’explique pas tout. La Depp met en avant d’autres différences concernant principalement la composition des corps enseignants :

-  Le privé compte moins d’enseignants appartenant aux corps les mieux rémunérés. Ainsi il y a 7% d’agrégés dans le public contre 2.6% dans le privé.
-  Le privé compte plus d’enseignants les moins bien payés :
o 15% d’auxiliaires dans le privé contre 3% dans le public.
o 3 fois plus de Pegc dans le privé que dans le public.

Le rapport - en cherchant d’autres raisons pour justifier cet écart de rémunération – trahit en filigrane le sous-statut dans lequel l’Education nationale maintient les maîtres du privé :

1°) La Depp pointe l’effet des inégalités de genre. Les femmes sont plus nombreuses dans le privé (74 % de femmes contre 68 % dans le public) et on sait que leur salaire est plus faible que celui des hommes dans l’Education nationale. Ne serait ce que parce que les mères de famille donnent moins d’heures supplémentaires que leur conjoint ?

2°) Le régime de rémunération des remplaçants (maîtres auxiliaires) est moins avantageux dans le privé sous contrat que celui des contractuels du public. En effet, les échelles de rémunération de maitres auxiliaires et d’instituteurs suppléants sont toujours appliquées dans le privé sous contrat alors qu’elles ont disparu dans le public, laissant place à une grille indiciaire de référence pour les professeurs contractuels plus avantageuse. Les recteurs ont la possibilité depuis la rentrée 2015 de mieux rémunérer des non-titulaires remplissant des conditions particulières : s’ils le font pour le public, il semble qu’ils le fassent très peu pour le privé et réalisent ainsi des économies sur le dos des maîtres auxiliaires !

3°) Les promotions dans un corps donné - au choix ou au grand choix – ne sont pas équivalentes dans le public et dans le prive sous contrat. La Depp est incapable de donner des chiffres à ce sujet, mais les maîtres du privé savent très bien que les rectorats ont dû réaliser des campagnes de revalorisation pour replacer les maîtres du privé dans les fourchettes de notation correspondant à leur ancienneté avec beaucoup de retard

4°) L’existence du statut « temps incomplet » dans le privé. Statut qui n’existe que pour le privé où l’administration n’est pas tenue d’assurer un service complet à l’enseignant recruté sur concours. Si dans le public un enseignant titulaire est rémunéré à plein temps alors que son poste n’est pas complet, il n’en est rien dans le privé : le maître est rémunéré au prorata des heures qu’il réalise. L’impact de cette dimension ne peut être prise en compte puisque le Siasp ne permet pas de distinguer le temps partiel du temps incomplet !

4°) Les interruptions de carrière suite à la naissance d’un enfant ont, dans le privé, un impact négatif sur le salaire perçu au retour de congé.

5°) Les différentes primes et indemnités (IMP) sont distribuées dans le privé dans la plus grande opacité étant donné qu’il n’existe aucun Conseil d’administration pour vérifier et valider les différentes attributions.

On voit bien qu’un système de cotisations sociales plus élevées, des outils informatiques inadaptés, des recteurs gagnes petits sur le dos de précaires, , tout concourt à maintenir les enseignants du privé dans une situation d’exception sous-rémunérée par rapport à leurs collègues du public alors que les uns comme les autres passent exactement les mêmes concours !

Une autre question peut inquiéter : qu’en sera-t-il des promotions avec l’application des nouveaux accords PPCR ?
Quelle sera la réelle fréquence des visites si celles-ci sont liées aux possibilités des inspecteurs. Les visites seront-elles moins fréquentes ou moins positives dans le privé que dans le public ? La question reste posée car, si les promotions du public sont présentées chaque année dans le bilan social du ministère, celles du privé curieusement y échappent !
L’inquiétude se redouble encore à ce sujet quand on sait que le PPCR est réalisé en partie par les Chefs d’établissement qui gèrent les carrières des maîtres du privé à l’économie comme s’il s’agissait de leur argent !



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